Message à l'issue de
la Convention de Salamanque des Institutions Européennes
d'Enseignement Supérieur
Bâtir l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur
Plus de 300 institutions européennes
d'enseignement supérieur ainsi que les principales organisations
les représentant se sont réunies à Salamanque les
29 et 30 mars 2001, afin de préparer leur contribution à
la réunion de Prague rassemblant les Ministres responsables de
l'enseignement supérieur des pays participant au Processus de Bologne
; elles ont convenu des priorités, des objectifs et des principes
suivants :
Bâtir l'avenir
Les institutions européennes d'enseignement supérieur réaffirment
leur soutien aux principes de la Déclaration de Bologne et leur
engagement en faveur d'un Espace Européen de l'Enseignement Supérieur
mis en place avant la fin de la décennie. Elles considèrent
que la création à Salamanque de l'Association Européenne
de l'Université (EUA) revêt une valeur à la fois symbolique
et pratique car l'Association peut devenir leur porte-parole efficace
auprès des gouvernements et de la société dans son
ensemble, tout comme elle peut les soutenir dans la construction de leur
propre avenir au sein de l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur.
I. Principes
Autonomie et responsabilité
Pour aller de l'avant, les universités européennes doivent
être assurées des conditions permettant à la fois
autonomie et engagement responsable. En tant qu'institutions autonomes
et responsables, répondant à une mission éducative
et sociale reconnue par la loi, les universités confirment leur
adhésion aux principes énoncés dans la Magna Charta
Universitatum de 1988, en particulier celui de la liberté académique.
Dans ce contexte, les universités doivent pouvoir élaborer
leurs stratégies, définir leurs priorités en matière
d'enseignement et de recherche, allouer leurs ressources, déterminer
leurs programmes et fixer les critères d'intégration de
leurs professeurs et étudiants. Les institutions d'enseignement
supérieur acceptent les défis de l'environnement concurrentiel
dans lequel elles opèrent au niveau national, européen et
mondial mais, pour ce faire, elles ont besoin de la liberté nécessaire
en matière de gestion, d'un cadre réglementaire plus souple
et plus positif comme de financements équitables à défaut
desquels elles seront placées en situation désavantageuse
tant pour affronter la concurrence que pour développer la coopération.
La dynamique requise pour l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur
restera inopérante, ou provoquera une concurrence inégale,
si se maintiennent l'excessive réglementation et la mainmise financière
et administrative qui pèsent actuellement sur l'enseignement supérieur
en de nombreux pays.
La concurrence peut promouvoir
la qualité de l'enseignement, n'exclut pas les liens de coopération
et ne peut être réduite à un concept purement commercial.
En effet, en plusieurs pays européens, les universités ne
sont pas encore sur un pied d'égalité avec leurs concurrentes
et sont en particulier confrontées à une fuite de cerveaux
à l'intérieur même de l'Europe.
L'enseignement, une responsabilité
publique
L'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur doit se construire
sur la tradition européenne d'un enseignement tenu pour une responsabilité
publique ; mais aussi sur un accès ouvert et extensif aux niveaux
undergraduate et postgraduate, sur une éducation de la personnalité
débouchant sur un apprentissage tout au long de la vie qui favorise
l'esprit citoyen et une meilleure adéquation aux besoins de la
société - à court comme à long terme.
La recherche, condition de
l'enseignement supérieur
La recherche constituant l'identité motrice de l'enseignement supérieur,
la création de l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur
doit aller de pair avec celle d'un Espace Européen de la Recherche.
Une diversité organisée
L'enseignement supérieur européen se caractérise
par des langues, des systèmes nationaux, des types d'établissements,
des profils institutionnels et des orientations de programmes très
divers. Son avenir dépend cependant de sa capacité à
tirer parti de cette diversité qui fait sa richesse pour aboutir
à des résultats constructifs plutôt que contraignants,
comme à plus de flexibilité que d'opacité. Les institutions
d'enseignement supérieur désirent ainsi recourir à
des politiques de convergence - et notamment à la recherche de
dénominateurs communs, par-delà les frontières, à
un domaine disciplinaire donné. Ainsi la diversité devient
atout plutôt que motif d'exclusion ou de non-reconnaissance. Les
institutions entendent donc élaborer un système d'auto-régulation
permettant d'assurer un niveau suffisant de cohésion afin que leurs
efforts pour davantage de compatibilité ne soient pas sapés
par trop de volatilité dans la définition des crédits,
des catégories de diplômes et des critères de qualité.
II. Questions fondamentales
La qualité en tant que
pierre angulaire
L'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur doit non seulement
prendre forme autour de valeurs académiques essentielles mais aussi
répondre aux attentes des différentes parties prenantes
en faisant preuve de la qualité de ses prestations. Leur évaluation
doit tenir compte des objectifs et de la mission des institutions comme
de leurs programmes, ce qui demande un juste équilibre entre innovation
et tradition, entre excellence académique et pertinence socio-économique,
entre cohérence des cours et liberté de choix des étudiants.
L'évaluation englobe enseignement et recherche ainsi que gouvernance
et administration ; elle s'intéresse à la réponse
apportée aux besoins des étudiants et à la fourniture
de services extra-académiques. La qualité intrinsèque
d'une institution d'enseignement supérieur ne suffit pas: elle
doit être prouvée et garantie afin de pouvoir être
visible et crédible aux yeus des tudiants, des partenaires institutionnels
et de la société en général, à l'intérieur
de son payscomme en Europe et dans le monde.
La qualité est la condition
nécessaire de la confiance, de la pertinence, de la mobilité,
de la compatibilité et de l'attrait des institutions parties de
l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur.
· Mériter la
confiance
Si l'évaluation de la recherche revêt une dimension internationale,
il en va de même pour l'assurance qualité appliquée
à l'enseignement supérieur. En Europe l'assurance qualité
ne devrait pas reposer sur une seule et unique agence imposant un ensemble
unique de normes communes. Pour construire l'avenir, il faut bien plutôt
à l'échelle européenne des mécanismes de reconnaissance
mutuelle des résultats émanant des divers systèmes
d'assurance qualité, dont l' "accréditation" constitue
un moyen parmi d'autres. Ces mécanismes doivent respecter les différences
nationales et linguistiques et le caractère des différentes
disciplines, cela sans surcharger les universités.
· Assurer la pertinence
L'adéquation aux besoins de l'emploi doit se refléter différemment
dans les cursus selon que les compétences acquises ont pour objectif
l'entrée sur le marché du travail à l'issue du premier
ou du second niveau de qualification.. Ce sont la valeur intrinsèque
d'un enseignement de qualité, la diversité des approches
et des profils des cours proposés, la flexibilité de programmes
dotés de points d'entrée et de sortie multiples, le développement
de compétences et d'aptitudes transversales telles que la communication
et les langues, comme la capacité à exploiter ses connaissances,
à résoudre des problèmes, à travailler en
équipe et à s'insérer dans la société
qui nourrissent le mieux l'employabilité durable dans la perspective
d'un apprentissage tout au long de la vie.
Développer la mobilité
Le libre mouvement des étudiants, du personnel académique
et des diplômés constitue une dimension essentielle de l'Espace
Européen de l'Enseignement Supérieur. Les universités
européennes veulent le développer - tant au plan "horizontal"
que "vertical" - mais estiment que la mobilité virtuelle
ne saurait remplacer la mobilité des personnes. A cet effet, elles
sont prêtes à utiliser de façon constructive et flexible
les instruments existant en matière de reconnaissance et de mobilité,
(ECTS, Convention de Lisbonne, Supplément au Diplôme, réseau
NARIC/ENIC). Vu l'importance des besoins en personnel enseignant formé
à l'Europe, les universités souhaitent voir éliminé
le critère de nationalité et tout autre obstacle dissuadant
de s'engager dans une carrière académique européenne.
Il est par ailleurs également nécessaire d'adopter une approche
commune à l'ensemble des pays européens concernante la mobilité
virtuelle et l'éducation transnationale.
· Rendre compatibles les formations en deux phases
Les institutions d'enseignement supérieur acceptent de développer
un cadre commun de qualifications s'articulant en deux phases. Il existe
ainsi un consensus pour que le premier diplôme exige de 180 à
240 points ECTS mais soit très diversifié, préparant
principalement à un emploi ou à la poursuite d'un cycle
plus approfondi de formation. Sous certaines conditions, une université
doit pouvoir décider de mettre en place un programme d'un seul
tenant conduisant directement à un niveau de mastaire. Les réseaux
centrés sur une discipline académique donnée peuvent
jouer un grand rôle dans de telles décisions. Les universités
sont persuadées que le système d'accumulation et de transfert
de crédits basé sur l'ECTS assorti de leur droit fondamental
à décider de la validité des crédits obtenus
dans un autre établissement ne présente que des avantages.
· Rendre attrayant l'enseignement supérieur européen
Les institutions européennes d'enseignement supérieur désirent
pouvoir attirer les talents venant du monde entier, ce qui exige des mesures
à prendre tant aux plans institutionnel, que national et européen.
Il s'agit d'adapter les cursus, de rendre lisibles les diplômes
dans et hors d'Europe, de donner crédibilité à l'assurance
qualité, de dispenser des programmes dans les langues internationales
les plus répandues dans le monde, d'assurer des informations et
un marketing adaptés, d'améliorer l'accueil des étudiants
et des chercheurs étrangers, tout cela en favorisant la mise en
réseau stratégique des institutions. Le succès d'une
telle politique dépendra de la levée rapide des réglementations
pénalisantes restreignant l'immigration et l'accès au marché
du travail.
Les institutions européennes d'enseignement supérieur ont
conscience que leurs étudiants ont besoin et demandent la mise
en place de qualifications qu'ils peuvent effectivement utiliser pour
la poursuite de leurs études et leur carrière dans l'ensemble
de l'Europe. Ces institutions, de même que leurs réseaux
et organisations, reconnaissent leur responsabilité et leur rôle
à cet effet, confirmant ainsi leur désir de s'organiser
pour y arriver, cela dans le cadre de leur autonomie institutionnelle.
Les institutions d'enseignement supérieur en appellent aux gouvernements,
dans un contexte national et européen, pour qu'ils facilitent et
encouragent le changement en assurant des conditions propices à
la coordination et à la mise en place de la convergence. Elles
se savent capables et désireuses de susciter le changement pour
contribuer au progrès d'une entreprise commune permettant :
- de donner une définition nouvelle de l'enseignement supérieur
et de la recherche valable pour l'ensemble de l'Europe ;
- de réformer et mettre à jour programmes et systèmes
d'enseignement supérieurs ;
- de s'appuyer sur la dimension recherche pour renforcer l'enseignement
supérieur ;
- d'adopter des mécanismes d'acceptation mutuelle des modes d'évaluation,
d'assurance et de certification de la qualité ;
- de développer des dénominateurs communs à valeur
européenne pour rendre compatibles la diversité des institutions,
des diplômes et des cursus ;
- de promouvoir en Europe la mobilité des étudiants et du
personnel académique ainsi que l'employabilité des diplômés
;
- de soutenir les efforts de modernisation entrepris par les universités
des pays où la création de l'Espace Européen de l'Enseignement
Supérieur représente un défi particulièrement
important ;
- de relever les défis pour être plus lisibles, plus attrayantes
et plus compétitives à l'échelle nationale, européenne
et mondiale ; et
- de réaffirmer que l'enseignement supérieur constitue une
responsabilité publique fondamentale.
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